J'aime cette expression: "croyance aveugle". Elle est à mon avis
intéressante. Comment comprendre l'idée de palliatif psychologique,
par exemple. J'éprouve un déplaisir, puis je m'évade dans divers
rituels religieux pour atténuer ma douleur. Est-ce bien cela qui se
produit? Je souffre, et je ne veux plus souffrir. Mais pourquoi?
Pourquoi ma souffrance est-elle inacceptable? Sommes-nous arrivés
collectivement au point de la juger contre-nature? Je peux certes
tenter d'expliquer ce processus palliatif par le fait que la douleur
naturellement appelle une recherche de plaisir. Mais je ne
parviendrai
ainsi qu'à donner plus de consistance à la douleur. Est-ce bien la
douleur ou le plaisir qui font problème pour l'homme?
Il m'apparaît que ce mouvement de la douleur au plaisir soit plus
révélateur. Si ma souffrance était bien vécue et traversée, jugée
comme un processus important et bien accueillie par mon entourage,
aurais-je autant besoin d'y pallier? S'il semble que non, c'est que
le
palliatif psychologique est en partie social. Je dirais: cette fausse
croyance que seul le bonheur compte, que la souffrance ne devrait
plus
exister dans un monde évolué comme le nôtre.
Des gens ont abordé le suicide sur ce forum même. Se suicide-t-on en
partie quand sa propre soufrance devient telle qu'elle apparaît fort
inacceptable par le milieu autour? On ne lui fait pas de place. On ne
comprend pas encore combien elle est indispensable au processus
d'évolution de l'être. On la rejette, et on rejette celui qui
souffre,
et toute image y référant, parce qu'on valorise à l'excès la joie,
les
gens dynamiques, bavards, renvoyant une image de bonheur? En somme,
on
repousse un phénomène dont on ne comprend pas l'oeuvre en soi et son
bien fondé.
Voilà une croyance aveugle typique. La souffrance comprise et
acceptée,
le mouvement de fuite s'arrête, une source de paix importante se fait
jour. La souffrance n'est en rien un problème. Son déni l'est
cependant.